Twilight: Edward et Bella

Twilight: Edward et Bella
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# Posté le mercredi 01 avril 2009 14:59

Midnight sun

Midnight sun

Midnight Sun reprend l'histoire du premier tome (Fascination), mais vécue du point de vue d'Edward.

Midnight sun est le dernier livre de la saga Twilight mais il n'est pas encore terminé. Il faudra donc attendre avec patience sa prochaine sortie. En attendant j'ai quand même un extrait du 2 ème chapitre du livre que j'ai trouvé sur le net. Alors bonne lecture ^^




CHAPITRE 2


Je m'adossai au banc de neige, laissant la poudre sèche se réorganiser autour de mes pieds. Ma peau était aussi froide que l'air autour de moi, et la glace ressemblait à du velours sous ma peau.
Le ciel au-dessus de moi était clair, brillant d'étoiles, d'un bleu rougeoyant par endroits, jaune à d'autres. Les étoiles créaient de majestueuses formes tourbillonnantes contre l'univers noir - une vision époustouflante. Délicieusement belle. Ou plutôt, elle aurait dû l'être. Aurait pu l'être, si j'avais été capable de la regarder correctement.
Ca n'allait pas mieux. Six jours avaient passé, six jours que je me cachais ici, dans l'étendue sauvage, déserte et désolée de Denali, mais j'étais loin de la liberté que j'avais eu avant de sentir son odeur pour la première fois. Quand j'avais fixé le ciel étincelant, c'était comme s'il y avait eu un obstacle entre mes yeux et sa beauté. L'obstacle était un visage, un visage humain, ordinaire, mais je ne parvenais pas vraiment à le faire disparaître de mon esprit.
J'entendis les pensées approcher avant d'entendre les pas qui les accompagnaient. Le son du mouvement n'était qu'un faible chuchotement sur la poudreuse.
Je n'étais pas surpris que Tanya m'ait suivi jusqu'ici. Je savais qu'elle avait, ces derniers jours, retourné dans sa tête la conversation à venir, la retardant jusqu'à ce qu'elle fut parfaitement sûre de ce qu'elle voulait dire.
Elle apparut dans la lumière à soixante mètres de là, bondissant sur la pointe d'une roche noire, se balançant là-haut sur ses pieds nus. Sa peau était teintée d'argenté par la lumière des étoiles et ses longues boucles blondes brillaient, pâles, presque roses. Ses yeux d'ambre miroitaient tandis qu'elle m'espionnait, à moitié cachée dans la neige, et ses lèvres pleines s'étendirent lentement en un sourire.
Exquise. Si j'avais été réellement capable de la voir. Je soupirai.
Elle s'accroupit sur la pointe de la pierre, le bout de ses doigts touchant la roche, son corps se replia.

"Boulet de cannon", pensa-t-elle.

Elle se lança elle-même dans les airs ; sa silhouette devint une ombre tandis qu'elle tournoyait avec grâce entre les étoiles et moi. Elle se roula en boule alors qu'elle heurtait le banc de neige compacte à côté de moi.
Un tourbillon de neige s'élevé autour de moi. Les étoiles s'obscurcirent et je fus profondément enterré dans un nuage de cristaux glacés et plumeux. Je soupirai à nouveau, mais ne fis aucun mouvement pour me déterrer. L'obscurité sous la neige ne blessa ni n'obscurcit ma vue. Je voyais encore le même visage.

_ Edward ?

La neige vola de nouveau tandis que Tanya m'exhumait pronptement. Elle balaya la poudre de mon visage immobile, sans me regarder complètement dans les yeux.

_ Désolée, murmura-t-elle. C'était une plaisanterie.
_ Je sais. C'était amusant.

Sa bouche se tordit à nouveau.

_ Irina et Kate ont dit que je devrais te laisser partir seul. Elles pensent que je t'agace.
_ Pas du tout, lui assurai-je. Je suis le seul à être impoli... horriblement impoli. Je suis vraiment désolé.

"Tu rentres chez toi, n'est-ce pas ?" pensa-t-elle.

_ Je ne suis pas encore... complètement... décidé.

"Mais tu ne vas pas rester ici." Sa pensée était maintenant mélancolique, triste.

_ Non. Ca ne semble pas... beaucoup m'aider.

Elle grimaça.

_ C'est de ma faute ?
_ Bien sûr que non, mentis-je doucement.

"Ne joue pas les gentlemen."

Je souris.

"Je te mets mal à l'aise", s'accusa-t-elle.

_ Non.

Elle haussa un sourcil, l'air si incrédule que j'en ris. Un rire bref, suivi d'un autre soupir.

_ D'accord, admis-je. Un petit peu.

Elle soupira, elle aussi, et se prit le menton dans les mains. Ses pensées étaient chagrinées.

_ Tu es mille fois plus jolie que les étoiles, Tanya. Bien sûr, tu en es déjà parfaitement consciente. Ne laisse pas mon obstination ébranler ta confiance.

Je ris devant l'improbabilité de cette idée.

_ Je ne suis pas habituée à être rejetée, grommela-t-elle, sa lèvre inférieure ressortant en une charmante moue.
_ Evidemment, approuvai-je, essayant sans trop de succès de bloquer ses pensées tandis qu'elle se promenait fugitivement dans les souvenirs de ses milliers de conquêtes réussies.

La plupart du temps, Tanya préférait les hommes humains - ils étaient plus populaires pour une chose, avec l'avantage d'être moelleux et chauds. Et toujours enthousiastes, sans aucun doute.

_ Succube, la taquinai-je, espérant rompre le fil des images défilant dans sa tête.

Elle sourit, ses dents étincelant :

_ L'original.

Contrairement à Carlisle, Tanya et ses soeurs avaient lentement découvert leur conscience. A la fin, ce fut leur penchant pour les hommes humains qui entraîna les soeurs à se détourner du massacre. Maintenant, les hommes qu'elles aimaient... vivaient.

_ Quand tu t'es montré ici, dit lentement Tanya, j'ai pensé que...

Je savais ce qu'elle avait pensé. Et j'aurais dû deviner qu'elle le verrait de cette façon. Mais, à ce moment-là, je n'étais pas au meilleur de ma forme pour analyser ses réflexions.

_ Tu as pensé que j'avais changé d'avis.
_ Oui, se renfrogna-t-elle.
_ Je me sens horrible de jouer avec tes prévisions, Tanya. Ca ne veut pas dire que... - je n'avais pas réfléchi. C'est juste que je me suis senti... pressé.
_ Je suppose que tu ne me diras pas pourquoi... ?

Je m'assis et enroulai mes bras autour de mes jambes, me pelotonnant dans une posture défensive.

_ Je ne veux pas parler de ça.

Tanya, Irina et Kate étaient très douées dans cette vie à laquelle elles s'étaient dévouées. Même plus, d'une certaine façon, que Carlisle. Malgré l'extrême proximité qu'elles se permettaient avec ceux qui auraient dû être - et avaient été - leurs proies, elles ne faisaient pas d'erreurs. J'avais honte d'avouer ma faiblesse à Tanya.

_ Des problèmes avec les femmes ? supposa-t-elle, malgré ma réticence.

J'eus un rire sombre.

_ Pas de la façon dont tu l'imagines.

Elle était silencieuse maintenant. J'entendais ses pensées tandis qu'elle allait de supposition en supposition, essayant de déchiffrer la signification de mes mots.

_ Tu en es loin, lui dis-je.
_ Un indice ? demanda-t-elle.
_ S'il te plaît, laisse tomber, Tanya.

Elle se tut une nouvelle fois, spéculant encore. Je l'ignorai, tentant en vain d'apprécier les étoiles. Elle abandonna après un moment de silence et ses réflexions se poursuivirent dans une direction différente.

"Où iras-tu si tu pars, Edward ? Tu retourneras avec Carlisle ?"

_ Je ne crois pas, murmurai-je.

Où irai-je ? Je ne pouvais trouver, sur toute cette planète, un endroit qui eut le moindre intérêt pour moi. Il n'y avait rien que je voulais voir ou faire. Parce que le problème n'était pas de savoir où j'irai : ce n'était pas comme si j'irais quelque part, je ne ferais que fuir.
Je détestais ça. Quand étais-je devenu un tel lâche ?
Tanya passa son bras mince autour de mes épaules. Je me raidis, mais ne reculai pas à son contact. Elle essayait de me dire que rien ne valait mieux que le réconfort d'un ami. Dans l'essentiel.

_ Je pense que tu vas rentrer chez toi, dit-elle, sa voix reprenant une légère pointe de son accent russe perdu. Pas de problème avec ce qui... ou qui... te hante. Tu y feras face. Tu es comme ça.

Ses pensées étaient aussi certaines que ses mots. J'essayai d'étreindre l'image de moi qu'elle avait dans la tête. Celle qui faisait face aux choses la tête haute. C'était agréable de penser à moi de cette manière. Je n'avais jamais douté de mon courage, de mon habileté à faire face aux difficultés, avant cette horrible heure en classe de biologie au lycée, il y avait peu de temps.
Je lui embrassai la joue, reculant promptement lorsqu'elle tourna son visage vers le mien, les lèvres déjà plissées. Ma rapidité la fit sourire d'un air piteux.

_ Merci, Tanya. J'avais besoin d'entendre ça.

Ses pensées devinrent irascibles.

_ J'imagine que tu es le bienvenu. J'aimerai que tu sois plus raisonnable quant à ces choses-là, Edward.
_ Je suis déolé, Tanya. Tu sais que tu es trop bien pour moi. Je n'ai juste... pas encore trouvé ce que je cherche.
_ Bien. Si tu pars avant qu'on ne se revoie... au revoir, Edward.
_ Au revoir, Tanya.

Alors que je prononçai ces mots, je pus le voir. Je pus me voir partir. Être assez fort pour retourner au seul endroit où je voulais être.

_ Merci encore.

En un mouvement habile, elle fut sur ses pieds, puis elle s'éloigna comme un fantôme à travers la neige si rapidement que ses pieds n'avaient pas le temps de s'enfoncer dedans. Elle ne laissa aucune empreinte derrière elle. Elle ne regarda pas en arrière. Mon rejet la tracassait plus qu'elle ne l'aurait dit, même en pensée. Elle ne voulait pas me revoir avant mon départ.
Ma bouche se tordit avec chagrin. Je n'aimais pas blesser Tanya, bien que ses sentiments ne fussent pas profonds, guère purs, et en aucun cas une chose à laquelle je pouvais répondre. Cela me faisait me sentir bien en dessous d'un gentleman.
Je posai mon menton sur mes genoux et fixai du nouveau les étoiles, bien que je fusse soudainement désireux d'être sur la route. Je savais qu'Alice me verrait revenir à la maison, qu'elle le dirait aux autres. Cela les rendrait heureux - surtout Carlisle et Esmé. Mais je contemplai les étoiles pendant un moment encore, essayant de voir à travers le visage dans ma tête. Entre les lumières brillantes et moi, une paire d'yeux perplexes marron chocolat me fixaient, semblant me demander ce que ma décision signifiait pour elle. Je ne pouvais évidemment pas être certain que ce fut cela que ses yeux cherchaient. Même dans mon imagination, je ne pouvais entendre ses pensées. Les yeux de Bella Swan continuaient de me questionner, et la vue des étoiles continuait de m'échapper. Avec un gros soupir, j'abandonnai et me remis sur mes pieds. Si je courais, je pourrais être de retour à la voiture de Carlisle en moins d'une heure...
Dans ma hâte de retrouver ma famille - et voulant vraiment être le Edward qui faisait front la tête haute - je m'élançai à travers le champ de neige étoilé, sans laisser la moindre empreinte de pas.


***


_ Ca devrait aller, souffla Alice.

Ses yeux étaient troublés, et Jasper la prit doucement par le coude, la guide vers l'avant tandis que nous marchions en groupe serré dans la cafétéria. Rosalie et Emmett étaient en tête, Emmett ressemblant ridiculement à un garde du corps au milieu d'un territoire ennemi. Rosalie aussi paraissait prudente, mais plus irritée que protectrice.

_ Evidemment, grommelai-je.

Son comportement était grotesque. Si je n'étais pas sûr que je pouvais supporter ce moment, je serais resté à la maison.
Le changement brutal de notre matinée normale, et même amusante - il avait neigé pendant la nuit, et Emmett et Jasper n'en étaient pas au point de prendre avantage de ma distraction pour me bombarder de boules de neige ; quand ils s'étaient ennuyés de mon absence de réponse, ils s'étaient retournés contre les autres - quant à cette vigilance exagérée aurait été amusant, s'il n'était pas agaçant.

_ Elle n'est pas encore là, mais elle approche de l'entrée... Elle ne sera pas en sécurité si nous nous asseyons à notre endroit habituel.
_ Bien sûr que nous allons nous asseoir à nos places habituelles. Arrête ça, Alice. Tu me tapes sur les nerfs. J'irai parfaitement bien.

Elle cilla une fois tandis que Jasper l'aidait à s'installer sur sa chaise, puis ses yeux se concentrèrent finalement sur mon visage.

_ Hmm, dit-elle d'un air surpris. Je pense que tu as raison.
_ Evidemment, marmonnai-je.

Je détestais être le centre de leur attention. Je ressentis une soudaine sympathie pour Jasper, me rappelant de toutes les fois où nous avions rôdé autour de lui de façon protectrice. Il croisa brièvement mon regard et sourit.

"Agaçant, hein ?"

Je grimaçai.
Etait-ce juste la semaine dernière que cette longue pièce terne m'avait semblé aussi maussade ? Que ça paraissait presque comme dormir, comme être dans le coma, que d'être là ?
Aujourd'hui, mes nerfs étaient tendus au possible - des cordes de piano tendues par la plus grande pression. Mes sens étaient plus qu'en alerte. Je scannais tous les sons, toutes les vues, tous les mouvements de l'air qui touchaient ma peau, toutes les pensées. Particulièrement les pensées. Il n'y avait qu'un seul sens que je gardai bloqué, refusant de m'en servir. Mon odorat, s'entend. Je ne respirais pas.
Je m'étais attendu à entendre plus de choses à propos des Cullen dans les pensées à travers lesquelles je passais. J'avais attendu toute la matinée, cherchant la nouvelle connaissance à qui Bella Swan avait dû se confier, essayant de voir la direction que le nouveau commérage prendrait. Mais il n'y avait rien. Personne ne remarquait les cinq vampires dans la cafétéria, simplement les mêmes qu'avant l'arrivée de la nouvelle fille. Plusieurs humains étaient encore en train de penser à elle, ils y songeaient encore de la même façon que la semaine précédente. Au lieu de trouver ça ennuyeux, j'étais maintenant fasciné.
N'avait-elle rien dit à personne à propos de moi ?
Il était impossible qu'elle n'eut pas remarqué mon regard noir et meurtrier. J'avais vu sa réaction. Je l'avais sûrement effrayée. J'avais été persuadé qu'elle aurait parlé de cela à quelqu'un, peut-être même exagéré l'histoire pour la rendre meilleure. M'attribuant quelques paroles menaçantes.
Et puis, elle m'avait aussi entendu essayer de sortir de notre classe de biologie. Elle devait se demander, après avoir vu mon expression, si elle en était la cause. Une fille normale voudrait poser des questions autour d'elle, comparer son expérience à celles des autres, cherchant un point commun qui expliquerait mon comportement, si elle ne se sentait pas unique. Les humains étaient constamment désespérés de se sentir normaux, de s'intégrer. S'harmoniser avec tous ceux autour d'eux, comme un troupeau de mouton sans caractère. Cette nécessité était particulièrement forte pendant l'adolescence où chacun manquait de confiance. Cette fille ne serait pas une exception.
Mais aucun d'entre eux ne remarqua que nous étions assis là, à notre table habituelle. Bella devait être remarquablement timide, si elle ne s'était confiée à personne. Peut-être qu'elle avait parlé à son père, peut-être que c'était une relation plus forte... bien que cela sembla improbable, prétextant le fait qu'elle n'avait pas passé suffisamment de temps avec lui dans toute sa vie. Elle devait être plus proche de sa mère. Donc, je devrais bientôt passer par le chef Swan, un jour où l'autre, et écouter ce qu'il pensait.

_ Quelque chose de nouveau ? demanda Jasper.
_ Rien. Elle... doit n'avoir rien dit.

Ils levèrent tous un sourcil à cette nouvelle.

_ Peut-être que tu ne fais pas aussi peur que tu le crois, dit Emmett en gloussant. Je parie que je pourrais l'effrayer plus que ça.

Je roulai des yeux.

_ Je me demande pourquoi... ?

Il était une fois de plus déconcerté par ma révélation quant au silence unique de cette fille.

_ Nous étions persuadés qu'elle parlerait, alors je ne sais pas.
_ Elle entre, murmura ensuite Alice.

Je sentis mon corps se raidir.

_ Essaie d'avoir l'air humain.
_ Humain, tu dis ? demanda Emmett.

Il leva son poing droit, tournant ses doigts pour révéler la boule de neige qu'il avait conservé dans sa paume. Evidemment, elle n'avait pas fondu. Il la compressa en un bloc de glace bosselé. Il fixait Jasper, mais je vis la direction que prenaient ses pensées. Autant qu'Alice, bien sûr. Lorsqu'il lança brutalement le morceau de glace sur elle, elle le renvoya au loin avec une légère pichenette. La glace ricocha sur toute la longueur de la cafétéria, trop rapide pour être vue par des yeux humains, et se fracassa avec un craquement aigu contre le mur de briques. La brique craqua, elle aussi.
Les têtes, dans ce coin de la salle, se tournèrent toutes pour regarder la pile de débris de glace sur le sol, puis pivotèrent pour trouver le coupable. Ils ne cherchèrent pas plus loin qu'à quelques tables autour. Pas un seul ne nous regarda.

_ Très humain, Emmett, dit Rosalie d'une voix cinglante. Pourquoi ne donnes-tu pas un coup de poing dans le mur pendant que tu y es ?
_ Ca aurait l'air trop impressionnant si je faisais ça, bébé.

J'essayai de faire attention à eux, gardant mon sourire comme si je prenais part à leur badinage. Je ne pouvais pas me permettre de regarder vers la file dans laquelle je savais qu'elle se tenait. Mais c'était tout ce que j'écoutais.
Je pouvais entendre l'impatience de Jessica avec la nouvelle fille, qui semblait distraite, elle aussi, restant immobile dans la file mouvante. Je voyais, dans les pensées de Jessica, que les joues de Bella Swan s'étaient une fois de plus colorées de rose.
Je m'arrêtai brièvement, la respiration peu profonde, prêt à cesser de respirer si le moindre soupçon de son odeur atteignait l'air près de moi.
Mike Newton était avec les deux filles. J'entendis leurs deux voix, mentales et orales, lorsqu'il demanda à Jessica ce qui n'allait pas avec la fille Swan. Je n'aimais pas la façon dont ses pensées s'emballaient à propos d'elle, le clignotement de fantasmes déjà établis qui embuait son esprit pendant qu'il la regardait entrer et ressortir de ses rêveries comme si elle avait oublié qu'il était là.

_ Rien, entendis-je Bella dire d'une voix douce et claire qui semblait résonner comme une clochette par-dessus les babillements dans la cafétéria, mais je savais que c'était parce que je l'écoutais trop intensément. Je ne prendrai qu'une limonade, aujourd'hui, continua-t-elle tandis qu'elle rattrapait la file.

Je ne pus m'empêcher de jeter un rapide coup d'oeil dans sa direction. Elle fixait le sol, son sang quittant rapidement son visage. Je regardai vivement ailleurs, vers Emmett, qui rigola au sourire peiné que j'affichais maintenant.

"Tu as l'air malade, frangin."

Je modifiai mes traits de façon à ce que mon expression parut décontractée et naturelle.
Jessica s'interrogeait à voix haute quant à l'absence d'appétit de la fille.

_ Tu n'as pas faim ?
_ Je suis un peu patraque.

Sa voix était faible, mais encore très claire.
Pourquoi est-ce que l'inquiétude protectrice qui émana soudain des pensées de Mike Newton m'ennuyait-elle ? En quoi était-ce un problème qu'il y eut un lien protecteur entre eux ? Ce n'était pas mes affaires si Mike Newton se sentait en permanence inquiet pour elle. Peut-être était-ce dû à la façon dont tout le monde réagissait face à elle. Ne voulais-je pas, instinctivement, la protéger également ? Avant, j'aurai voulu la tuer, c'était...
Mais la fille était-elle malade ?
Il était difficile de juger - elle avait l'air tellement fragile avec sa peau translucide... Puis je remarquai que j'étais inquiet, moi aussi, exactement comme ce garçon stupide, et je me forçai à ne pas penser à sa santé.
Malgré tout, je n'aimais pas la surveiller à travers les pensées de Mike. J'embrayai sur celles de Jessica, observant avec attention tandis que tous les trois choisissaient à quelle table s'asseoir. Heureusement, ils s'installèrent avec les amis habituels de Jessica, à l'une des premières tables de la pièce. Pas abrités, juste comme Alice l'avait promis.
Alice me donna un coup de coude.

"Elle va bientôt te regarder, agis comme un humain."

Je serrai les dents derrière mon sourire.

_ Du calme, Edward, dit Emmett. Franchement, même si tu tues un humain, ce ne sera pas vraiment la fin du monde.
_ Tu aimerais bien le savoir, marmonnai-je.

Emmett rigola.

_ Tu dois apprendre à passer au-dessus des choses, comme je le fais. L'éternité est une longue période pour se vautrer dans la culpabilité.

Juste à ce moment-là, Alice jeta une petite poignée de glace qu'elle avait cachée au visage naïf d'Emmett.
Il cligna des yeux, surpris, puis sourit d'avance.

_ Tu l'as cherché, dit-il en se penchant au-dessus de la table et en secouant ses cheveux incrustés de glace dans sa direction.

La neige, qui fondait dans la chaleur de la salle, s'envola de ses cheveux en une épaisse averse mi-liquide mi-gelée.

_ Hé ! se plaignit Rosalie tandis qu'elle et Alice reculaient devant le déluge.

Alice rit, et nous l'imitâmes. Je pouvais voir dans la tête d'Alice comment elle orchestrait ce moment parfait, et je savais que la fille - je devrais arrêter de penser à elle de cette façon, comme si elle était la seule fille au monde - que Bella nous regardait rire et jouer, ressemblant à une joyeuse, humaine et irréaliste peinture de Norman Rockwell.
Alice, qui continuait de rire, prit son plateau en guise de bouclier. La fille - Bella nous regardait encore.

"... regarde encore les Cullen", pensa quelqu'un, attirant mon attention.

Je regardai automatiquement vers l'appel involontaire, réalisant pendant que mes yeux trouvaient leur destination que je reconnaissais la voix - je l'avais par trop écoutée aujourd'hui.
Mais mes yeux glissèrent directement au-delà de Jessica et se concentrèrent sur le regard pénétrant de la fille.
Elle baissa rapidement les yeux, se cachant à nouveau derrière ses cheveux épais.
A quoi pensait-elle ? Le temps qui passait semblait rendre la frustration plus vive, plutôt que de l'engourdir. J'essayai - incertain de ce que je faisais puisque je n'avais jamais eu à la faire avant - de sonder le silence autour d'elle avec mon esprit. Mon ouïe hyper développée me revint naturellement, comme toujours, sans rien demander : je n'avais jamais eu à travailler là-dessus. Mais, maintenant, je me concentrai, tentant de causer une brèche à travers ce qui l'entourait comme un bouclier.
Rien que le silence.

"Qu'est-ce qui ne va pas avec elle ?" pensa Jessica, faisant écho à ma propre pensée.

_ Edward Cullen te mate, murmura-t-elle à l'oreille de la fille Swan avec un petit rire.

Il n'y avait aucune trace de son irritation jalouse dans son ton. Jessica semblait être douée pour feindre l'amitié.
J'écoutais, absorbé, la réponse de la fille.

_ Il n'a pas l'air furieux, hein ? murmura-t-elle en retour.

Ainsi, elle avait remarqué ma réaction violente de la semaine dernière. Evidemment.
La question troubla Jessica. Je vis mon propre visage dans ses pensées tandis qu'elle examinait mon expression, mais je ne croisai pas son regard. J'étais toujours concentré sur la fille, tentant d'entendre quelque chose. Mon intense concentration ne semblait pas m'aider le moins du monde.

_ Non, lui dit Jessica, et je savais qu'elle aurait souhaité pouvoir dire oui - comment elle ne l'acceptait pas, mon regard - bien qu'il n'y eut aucune trace de cela dans sa voix. Il devrait ?
_ Je crois qu'il ne m'apprécie guère, murmura la fille en posant sa tête sur son bras comme si elle était soudain fatiguée.

J'essayai de comprendre ce mouvement, mais je ne pouvais faire que des suppositions. Peut-être était-elle fatiguée.

_ Les Cullen n'aiment personne..., la rassura Jessica. Enfin, disons qu'ils ne s'intéressent pas assez aux autres pour les aimer.

"Ils ne s'intègrent jamais."

Sa pensée était un grommellement de plainte.

_ En tout cas, il continue à t'admirer.
_ Arrête de le regarder, dit nerveusement la fille, levant la tête de sur son bras pour vérifier que Jessica obéissait à son ordre.

Jessica ricana, mais fit ce qu'elle lui demandait.
La fille ne regarda plus ailleurs qu'à sa table pendant le reste de l'heure. Je pensais - bien que, bien sûr, je ne pouvais en être sûr - que c'était délibéré. Il semblait qu'elle aurait voulu me regarder. Son corps aurait voulu bouger légèrement dans ma direction, son menton aurait voulu commencer à se tourner. Puis elle se ressaisissait elle-même, prenant une profonde inspiration, et regardai fixement celui qui parlait.
J'ignorai, pour la plupart, les pensées qui traînaient autour d'elle puisqu'elles ne la concernaient pas, pour le moment. Mike Newton prévoyait une bataille de boules de neige dans le parking, après les cours, ne semblant pas réalisé que la neige s'était déjà changée en pluie. Le battement des légers flocons contre le toit était devenu l'habituel crépitement des gouttes d'eau. Ne pouvait-il réellement pas entendre le changement ? Cela semblait bruyant pour moi.
Quand la pause déjeuner prit fin, je restai sur ma chaise. Les humains sortirent et je me surpris à essayer de distinguer le son de leurs pas du reste, comme s'il y avait quelque chose d'important ou d'inhabituel à leur propos. Complètement idiot.
Aucun membre de ma famille ne fit un geste pour partir. Ils attendaient de voir ce que je voulais faire.
Voulais-je aller en cours ? M'asseoir à côté de la fille dont je pourrais sentir l'absurdement puissante odeur de son sang et la chaleur de ses pulsations dans l'air sur ma peau ? Etais-je assez fort pour ça ? Ou en avais-je eu assez pour la journée ?

_ Je... pense... que c'est bon, dit Alice, hésitante. Ton esprit est déterminé. Je pense que tu tiendras pendant l'heure.

Mais Alice savait bien avec quelle rapidité un esprit pouvait changer.

_ Pourquoi repousser ça, Edward ? demanda Jasper.

Bien qu'il ne voulait pas se sentir satisfait que je fus celui qui se sentait faible, à présent, je pus entendre qu'il l'était, juste un peu.

_ Rentre à la maison. Prends ton temps.
_ Quel est le marché ? désapprouva Emmett. Soit il la tue, soit il ne la tue pas. C'est peut-être aussi bien qu'il traverse ça, d'une façon ou d'une autre.
_ Je ne veux pas déjà déménager, se plaignit Rosalie. Je ne veux pas de nouveau tout recommencer. Nous avons presque fini le lycée, Emmett. Enfin.

J'étais également déchiré quant à ma décision. Je voulais, sérieusement, faire face plutôt que fuir au loin une nouvelle fois. Mais je ne voulais pas non plus me pousser moi-même trop loin. D'après Jasper, ça avait été une erreur de partir aussi longtemps sans chasser, la semaine dernière. Etait-ce une erreur absurde ?
Je ne voulais pas déraciner ma famille. Aucun d'entre eux ne me remercierait pour ça.
Mais je voulais aller à mon cours de biologie. Je réalisai que je voulais revoir son visage.
Ce fut ce qui me décida. Cette curiosité. J'étais en colère contre moi-même de ressentir ça. Ne m'étais-je pas promis que je ne laisserai pas le silence de l'esprit de cette fille me faire m'intéresser outre mesure à elle ? Et j'étais maintenant plus qu'excessivement intéressé.
Je voulais savoir ce qu'elle pensait. Son esprit était fermé, mais ses yeux étaient vraiment ouverts. Peut-être que je pourrais lire en eux.

_ Non, Rosalie, je pense vraiment que ça ira bien, dit Alice. Ca s'est... précisé. Je suis sûre à quatre-vingt-treize pourcent que rien de mauvais n'arrivera s'il va en cours.

Elle posa sur moi un regard inquisiteur, se demandant ce qui avait changé dans mes pensées pour que sa vision lui montrât un avenir plus sûr.
Ma curiosité serait-elle suffisante pour garder Bella Swan en vie ?
Emmett avait raison, toutefois - pourquoi ne serait-ce pas aussi bien ? Je voulais faire face à la tentation.

_ Allons en cours, ordonnai-je en m'écartant de la table.

Je me retournai et m'éloignait d'eux à grands pas, sans un regard en arrière. Je pouvais entendre l'inquiétude d'Alice, la censure de Jasper, l'approbation d'Emmett et l'irritation de Rosalie traîner derrière moi.

Je pris une dernière profonde inspiration devant la porte de la salle de cours et la conservait dans mes poumons en marchant dans la petite et chaude pièce.
Je n'étais pas en retard. M. Banner était encore en train d'installer le laboratoire du jour. La fille était à ma - à notre table, le visage à nouveau baissé, regardant le cahier sur lequel elle gribouillait. J'examinai l'esquisse en approchant, intéressé même par cette insignifiante création de son esprit, mais c'était dépourvu de sens. Juste un barbouillage hasardeux de noeuds dans d'autres noeuds. Peut-être n'était-elle pas concentrée sur le dessin, peut-être pensait-elle à autre chose ?
Je tirai mon tabouret en arrière avec une rudesse inutile, la laissant gratter contre le linoléum : les humains se sentaient toujours plus à l'aise quand du bruit annonçait l'arrivée de quelqu'un.
Je savais qu'elle l'entendait : elle ne leva pas les yeux, mais sa main manqua l'un des noeuds du motif qu'elle dessinait, le déséquilibrant.
Pourquoi ne levait-elle pas les yeux ? Elle avait sûrement peur. Je devais être sûr de la quitter avec une meilleure impression cette fois. Faire en sorte qu'elle pense qu'elle s'était imaginée des choses avant.

_ Bonjour, dis-je de la voix douce que j'utilisais quand je voulais mettre les humains à l'aise, formant un sourire poli sur mes lèvres qui ne montrait pas mes dents.

Elle leva la tête et ses grands yeux marron surpris - presque perplexes - s'emplirent de nombreuses questions silencieuses. C'était la même expression qui avait obscurcit ma vue pendant toute la semaine dernière.
Alors que je regardais dans ces yeux marron étrangement profonds, je réalisai que la haine - la haine que j'avais imaginé que cette file méritait, d'une façon ou d'une autre, pour le simple fait d'exister - s'était évaporée. Ne pas respirer maintenant, ne pas goûter son odeur, il était difficile de croire que quelqu'un d'aussi vulnérable pourrait jamais justifier la haine.
Ses joues commencèrent à rougir et elle ne dit rien.
Je gardai mes yeux sur les siens, uniquement concentré sur leur profondeur interrogatrice, et tentai d'ignorer la couleur appétissante de sa peau.

_ Je m'appelle Edward Cullen, me présentai-je, bien que je sus qu'elle le savait déjà, mais c'était la façon la plus polie de commencer. Je n'ai pas eu l'occasion de me présenter, la semaine dernière. Tu dois être Bella Swan.

Elle sembla troublée - il y avait de nouveau cette petite ride entre ses yeux. Cela lui prit une demie seconde de plus qu'il ne le fallait pour répondre.

_ D'où... d'où connais-tu mon nom ? demanda-t-elle et sa voix trembla légèrement.

J'avais vraiment dû la terrifier. Cela me fit me sentir coupable : elle était tellement sans défense. Je ris gentiment - un son que je savais qu'il mettait les humains à l'aise. A nouveau, je fis attention à mes dents.

_ Oh, ce n'est un secret pour personne.

Elle avait sûrement remarqué qu'elle était devenue le centre d'attention dans cet endroit monotone.

_ Tu étais attendue comme le messie, tu sais.

Elle fronça les sourcils comme si cette information lui était déplaisante. Je supposai, qu'étant timide comme elle l'était, que l'attention paraissait être, pour elle, une mauvaise chose. Beaucoup d'humains ressentaient le contraire. Plutôt, ils ne voulaient pas être mis à l'écart du troupeau, en même temps qu'ils désiraient qu'un spot de lumière soit braqué sur leur uniformité individuelle.

_ Ce n'est pas ça, dit-elle. Pourquoi Bella ?
_ Tu préfères Isabella ? demandai-je, troublé par le fait que je voyais pas où ses questions menaient.

Je ne comprenais pas. Elle avait certainement fait nettement montre de sa préférence plusieurs fois depuis le premier jour. Les humains étaient-ils tous aussi complexes sans l'entente mentale comme guide ?

_ Non, répondit-elle en penchant légèrement sa tête sur le côté.

Son expression - si je la lisais correctement - était partagée entre embarras et confusion.

_ Mais je pense que Charlie... mon père... ne m'appelle pas autrement derrière mon dos. Du moins, c'est ainsi que tout le monde ici paraît me connaître.

Son visage s'assombrit d'une ombre rose.

_ Ah bon, dis-je faiblement avant de détourner rapidement les yeux de sur son visage.

Je réalisai seulement maintenant ce que ses questions signifiaient : j'avais une gaffe, une erreur. Si, ce premier jour, je n'avais pas écouté aux portes, je me serais alors initialement adressé à elle en utilisant son nom complet, comme tous les autres. Elle avait remarqué la différence.
Je ressentis une pointe de malaise. C'était vraiment vif de sa part de relever mon erreur. Vraiment astucieux, tout particulièrement venant de quelqu'un qui était supposé être terrorisé par ma proximité.
Mais j'avais de plus gros problèmes que les suspicions qu'elle pouvait avoir à mon égard, gardées en sécurité dans sa tête.
Je manquais d'air. Si je voulais lui parler à nouveau, je devrais inhaler. Ce serait difficile d'éviter de parler. Malheureusement pour elle, partager cette table avec moi faisait d'elle ma partenaire de labo et nous avions à travailler ensemble aujourd'hui. Cela me semblerait bizarre - et inexplicablement impoli - de l'ignorer pendant que nous étions au labo. Cela lui ferait faire plus de suspicions, l'effraierait plus...
Je m'éloignai d'elle aussi loin que je le pouvais sans bouger mon tabouret, tournant la tête vers l'allée. Je tenais bon, contractant mes muscles, puis aspirai une rapide bouffée d'air pour remplir mes poumons, inspirant uniquement par la bouche.
Ahh !!
C'était vraiment pénible. Même sans la sentir, je pouvais la goûter sur ma langue. Ma gorge fut à nouveau soudainement en feu, la soif chaque fois plus puissante que le premier jour où j'avais senti son odeur, la semaine dernière.
Je grinçai des dents et essayai de me ressaisir.

_ Allez-y, ordonna M. Banner.

Il sembla que cela me demandait tout le self-control que j'avais obtenu en soixante-dix ans de travail acharné pour me tourner vers la fille, qui regardait la table, et sourire.

_ Les dames d'abord ? proposai-je.

Elle leva les yeux à mon expression et son visage pâlit, ses yeux s'agrandirent. Y avait-il quelque chose d'étrange dans mon expression ? Etait-elle une fois de plus effrayée ? Elle ne parla pas.

_ A moins que tu préfères que je commence, dis-je doucement.
_ Non, dit-elle et son visage passa de nouveau du blanc au rouge, aucun problème.

Je fixai l'équipement posé sur la table, le microscope cabossé, la boîte de lamelles, tout plutôt que regarder le sang tourbillonnant sous sa peau claire. Je pris une autre brève inspiration, par la bouche, et grimaçai alors que le goût me faisait mal à la gorge.

_ Prophase, dit-elle après un rapide examen.

Elle commença à déplacer la lamelle, bien qu'elle l'eut à peine observée.

_ Ca t'embête si je regarde ?

Instinctivement - stupidement, comme si j'étais de son espèce - je tendis le bras pour arrêter sa main qui emmenait la lamelle. Pendant une seconde, la chaleur de sa peau brûla la mienne. C'était comme une décharge électrique - sûrement plus chaude qu'un simple 37,2 ° C. La chaleur s'étendit à travers ma main et monta dans mon bras. Elle arracha sa main de sous la mienne.

_ Désolé, marmonnai-je, les dents serrées.

Ayant besoin d'un endroit où regarder, j'empoignai le microscope et jetai un bref coup d'oeil dans l'oculaire. Elle avait raison.

_ Prophase, approuvai-je.

J'étais encore trop perturbé pour la regarder. Inspirant aussi vite que je le pouvais à travers mes dents serrées et essayant d'ignorer l'ardente soif, je me concentrai sur ce simple devoir, écrivant le mot sur la ligne appropriée de la feuille d'analyse, puis remplaçant la première lamelle par la suivante.
A quoi pensait-elle maintenant ? Qu'avait-elle ressenti quand j'avais touché sa main ? Ma peau devait être aussi froide que la glace - repoussante. Pas besoin de se demander pourquoi elle était si silencieuse.
Je regardai la lamelle.

_ Anaphase, me dis-je à moi-même en l'écrivant sur la seconde ligne.
_ Je peux ? demanda-t-elle.

Je levai les yeux vers elle, surpris de voir qu'elle attendait, une main en partie tendue vers le microscope. Elle n'avait pas l'air apeurée. Pensait-elle réellement que je pouvais donner une réponse erronée ?
Je ne pouvais aider mais souris à son regard plein d'espoir tandis que je faisais glisser le microscope vers elle.
Elle regarda dans l'oculaire avec une impatience qui se fana rapidement. Les coins de sa bouche s'affaissèrent.

_ Troisième lamelle ? demanda-t-elle sans lever les yeux du microscope mais en tandant la main.

Je déposai la lamelle suivante dans sa main, sans laisser ma peau toucher la sienne une fois de plus. Être assis à côté d'elle était comme être assis à côté d'une lampe chaude. Je pouvais me sentir lentement réchauffé par la plus haute température.
Elle n'observa pas la lamelle pendant longtemps.

_ Interphase, dit-elle nonchalament - peut-être en essayant de faire un peu trop retentir cela - et poussa le microscope vers moi.

Elle ne toucha pas le papier, mais m'attendit pour écrire la réponse. Je l'examinai - elle avait de nouveau raison.
Nous finîmes de cette manière, ne prononçant qu'un mot de temps en temps et ne rencontrant jamais les yeux de l'autre. Nous étions les seuls à avoir terminé - les autres, dans la classe, semblaient passer un sale quart d'heure dans le laboratoire. Mike Newton semblait peiner à se concentrer - il essayait de nous regarder, Bella et moi.

"J'espérai qu'il serait resté là où il était allé", pensait Mike en me fixant intensément.

Hmm, intéressant. Je n'avais pas réalisé que le garçon nourrissait de la rancoeur à mon égard. C'était un nouveau développement, tout aussi récent que l'arrivée de la fille semblait-il. Encore plus intéressant. Je découvrais - à ma surprise - que ce sentiment était réciproque.
Je baissai à nouveau les yeux sur la fille, perplexe par la grande pagaille et le bouleversement qu'elle apportait, malgré sa banalité et son apparence pacifique, dans ma vie.
Ce n'était pas que je ne pouvais pas voir ce qui attirait Mike. En fait, elle était plus que jolie... d'une façon peu commune. Mieux qu'être beau, son visage était intéressant. Pas vraiment symétrique - son menton étroit ne s'équilibrait pas avec ses larges pommettes, extrêmes dans le teint - les contrastes lumineux et sombres de son visage, et puis il y avait ses yeux, emplis de secrets silencieux...
Des yeux qui se plantèrent soudain dans les miens.
Je la fixai, essayant de deviner même un seul de ses secrets.

_ Tu portes des lentilles, non ? demanda-t-elle tout à coup.

Quelle étrange question.

_ Non.

Je souris presque à l'idée de l'amélioration de ma vue.

_ Ah bon, marmonna-t-elle. Tes yeux sont différents, pourtant.

Je me sentis soudain refroidi, alors que je réalisai que je n'étais apparemment pas le seul à tenter de percer des secrets aujourd'hui.
Je haussai les épaules, raides, et regardai droit devant, là où le professeur faisait ses rondes. Bien sûr qu'il y avait quelque chose de différent au sujet de mes yeux depuis la dernière fois qu'elle avait regardé dedans. Ma préparation à l'épreuve d'aujourd'hui, à la tentation de ce jour. J'avais passé le week-end entier à chasser, étanchant autant que possible ma soif, exagérant réellement. Je m'étais saturé de sang animal, non pas que cela fit beaucoup de différence devant le scandaleux arôme qui flottait dans l'air autour d'elle. Quand je l'avais regardée la semaine dernière, mes yeux étaient noircis par la soif. Maintenant, mon corps empli de sang, mes yeux étaient d'un or chaud. D'un ambre lumineux, depuis ma tentative d'étancher ma soif.
Une autre erreur. Si j'avais vu ce qu'elle avait voulu dire avec sa question, j'aurai simplement pu lui répondre "oui".
J'étais maintenant assis à côté d'humains dans ce lycée depuis deux ans, et elle était la première à m'examiner de suffisamment près pour remarquer le changement de couleur de mes yeux. Les autres, alors qu'ils admiraient la beauté de ma famille, avaient tendance à rapidement regarder par terre lorsque nous leur retournions leurs regards. Ils se tenaient à l'écart, refoulant les détails de notre apparence dans une instinctive tentative de se protéger de l'incompréhensible. L'ignorance était le bonheur parfait pour l'esprit humain.
Pourquoi fallait-il que ce soit cette fille qui en vit trop ?
M. Banner s'approcha de notre table. J'inhalai avec gratitude la bouffée d'air pur qu'il apportait avant qu'il ne se mélange à l'odeur de la fille.

_ Laisse-moi deviner, Edward, dit-il en regardant par-dessus nos réponses, tu as estimé qu'Isabella ne méritait pas de toucher au microscope ?
_ Bella, le corrigeai-je automatiquement. Et détrompez-vous, elle en a identifié trois sur cinq.

Les pensées de M. Banner étaient sceptiques tandis qu'il se tournait vers elle.

_ Tu as déjà travaillé là-dessus ?

Je la fixai, absorbé, alors qu'elle souriait, l'air légèrement embarrassé.

_ Pas avec des racines d'oignons.
_ De la blastula de féra ? s'enquit M. Banner.
_ Oui.

Cela le surprit. L'étude d'aujourd'hui était quelque chose qu'il imaginait d'un niveau plus élevé. Il hocha pensivement la tête.

_ Tu suivais un programme pour élèves avancés, à Phoenix ?
_ Oui.

Elle avait de l'avance donc, et était intelligente pour une humaine. Cela ne me surprit pas.

_ Eh bien, dit M. Banner en plissant les lèvres. Il n'est sans doute pas mauvais que vous deux soyez partenaires de labo. Ainsi les autres gosses peuvent avoir une chance d'apprendre quelque chose par eux-mêmes, marmonna-t-il dans sa barbe en s'éloignant.

Je doutai que la fille ait pu entendre cette dernière phrase. Elle avait recommencer à gribouiller des noeuds sur son cahier.
Déjà deux erreurs en une seule demi-heure. Une très piètre démonstration de ma part. Bien que je n'eus aucune idée de ce que la fille pensait de moi - combien était-elle effrayée ? à quel point me suspectait-elle ? - je savais qu'il m'était nécessaire de redoubler d'efforts pour la quitter avec une meilleure opinion de moi. Quelque chose qui noierait mieux dans sa mémoire le souvenir de notre féroce dernière rencontre.

_ Dommage, pour la neige, hein ? dis-je, répétant le petit propos dont j'avais déjà entendu une douzaine d'élèves parler.

Un ennuyeux, banal sujet de conversation. Le temps - toujours intact.
Elle me regarda, une méfiance évidente dans les yeux - une réaction anormale à mes mots tout à fait normaux.

_ Pas vraiment, dit-elle, me surprenant à nouveau.

J'essayais d'orienter la conversation sur des sujets banals. Elle venait d'un endroit chaud, empli de couleurs - sa peau semblait refléter ça, d'une certaine façon, malgré sa blancheur - et le frois devait lui être inconfortable. Ce contact glacé avec moi avait dû...

_ Tu n'aimes pas le froid, devinai-je.
_ Ni l'humidité, approuva-t-elle.
_ Tu dois difficilement supporter Forks.

"Peut-être n'aurais-tu pas dû venir ici", voulus-je ajouter. "Peut-être devrais-tu repartir là d'où tu viens."
Je n'étais pas sûr de vouloir cela, toutefois. Je me souviendrai toujours de l'odeur de son sang - n'y avait-il aucune garantie que je ne voulusse pas la suivre n'importe où ? D'ailleurs, si elle partait, son esprit resterait à tout jamais un mystère. Un puzzle permanent et tenace.

_ Tu n'imagines même pas à quel point, dit-elle d'une voix douce, lançant pendant un moment un regard noir derrière moi.

Ses réponses n'étaient jamais celles auxquelles je m'attendais. Elles me faisaient vouloir poser encore plus de questions.

_ Pourquoi es-tu venue t'installer ici, alors ? demandai-je, réalisant dans l'instant que mon ton était trop accusateur, pas assez décontracté pour ce genre de conversation.

La question sonna impolie, impudique.

_ C'est... compliqué.

Elle cligna de ses grands yeux et j'explosai presque de curiosité - la curiosité me brûlait aussi chaudement que la soif dans ma gorge. En fait, je trouvai que c'était légèrement plus facile de respirer. L'agonie devenait plus supportable avec la familiarité.

_ Je devrais réussir à comprendre, insistai-je.

Peut-être que le simple courtoisie la ferait répondre à mes questions aussi longtemps que je serai assez impoli pour les poser.
En silence, elle baissa les yeux sur ses mains. Cela me rendit impatient. Je voulais mettre ma main sous son menton et lui faire lever la tête de telle façon que je pourrais lire dans ses yeux. Mais ce serait stupide - dangereux - de ma part de toucher à nouveau sa peau.
Elle releva brusquement les yeux. C'était un soulagement que de pouvoir à nouveau lire ses émotions en eux. Elle parla d'une voix rapide, empressée.

_ Ma mère s'est remariée.

Ah, c'était assez humain, facile à comprendre. La tristesse passa dans ses yeux purs et ramena la petite ride entre eux.

_ Ca ne me paraît pas très compliqué, dis-je.

Ma voix fut douce sans pourtant m'appliquer à la rendre ainsi. Sa tristesse me faisait me sentir étrangement impuissant, souhaiter qu'il y eut quelque chose que je pus faire pour la faire se sentir mieux. Etrange impulsion.

_ Quand est-ce arrive ?
_ En septembre.

Elle expira profondément - pas vraiment un soupir. Je repris ma respiration alors que son souffle chaud balayait mon visage.

_ Et tu ne l'apprécies pas, devinai-je, partant à la pêche aux informations.
_ Si, Phil est chouette, dit-elle, corrigeant ma supposition, une ombre de sourire relevant à présent les coins de ses lèvres pleines. Trop jeune, peut-être, mais sympa.

Cela ne collait pas avec le scénario que j'avais construit dans ma tête.

_ Pourquoi n'es-tu pas restée avec eux, s'il est aussi agréable ? demandai-je d'une voix un petit peu trop curieuse.

Elle résonna comme si j'étais un fouineur. Ce que j'étais, il fallait en convenir.

_ Phil voyage beaucoup. Il est joueur de base-ball professionnel.

Son sourire s'élargit. Ce choix de carrière l'amusait.
Je souriais également, sans me prononcer. Je n'avais pas essayé de la faire se sentir à l'aise. Son sourire me faisait juste vouloir sourire en retour - être dans le secret.

_ Célèbre ?

Je parcourus dans ma tête les listes de joueurs professionnels de base-ball, me demandant quel Phil était son...

_ Non. Il n'est pas très bon, répondit-elle avec un autre sourire. Juste des championnats de second ordre. Il se déplace pas mal.

Dans ma tête, les listes changèrent instantanément et j'établis une liste de possibilités en moins d'une seconde. En même temps, j'imaginai un nouveau scénario.

_ Et ta mère t'a expédiée ici afin de l'accompagner librement, dis-je.

Faire des suppositions semblait la pousser à me donner plus de réponses que les questions ne le faisaient. Cela réussit une fois de plus. Son menton s'avança et son expression se fit soudain rebelle.

_ Non, elle n'y est pour rien, dit-elle et sa voix se fit tranchante.

Ma supposition l'avait bouleversée, bien que je ne pus pas vraiment voir de quelle façon.

_ C'est moi qui l'ai voulu.

Je ne pouvais pas deviner ce qu'elle voulait dire, ni la source de son dépit. J'étais complètement perdu.
J'abandonnai. Il n'y avait juste rien à comprendre chez cette fille. Elle n'était pas comme les autres humains. Peut-être que le silence de ses pensées et le parfum de son odeur n'étaient pas les seules choses inhabituelles chez elle.

_ Je ne saisis pas, avouai-je, détestant l'admettre.

Elle soupira et soutint mon regard plus longtemps qu'un humain n'en était capable.

_ Au début, elle est restée avec moi, expliqua-t-elle lentement, son ton devenant plus malheureux à chaque mot. Elle était malheureuse... Bref, j'ai décidé qu'il était temps que je connaisse un peu mieux Charlie.

La toute petite ride entre ses yeux se creusa.

_ Et maintenant, c'est toi qui n'es pas heureuse, murmurai-je.

Je ne pouvais m'empêcher de dire mes hypothèses à voix haute, espérant en apprendre plus de ses réactions. Celle-ci, néanmoins, ne sembla pas loin de la réalité.

_ Et ? (traduit par "La belle affaire !" dans Fascination) dit-elle, comme si ce n'était pas un aspect à prendre en considération.

Je continuai de la regarder dans les yeux, sentant que j'avais enfin eu un réel aperçu de son âme. Je voyais dans ce seul mot où elle se plaçait elle-même dans ses propres priorités. Contrairement à la plupart des humains, ses propres besoins venaient loin vers le bas de la liste.
Elle était désintéressée.
Comme je voyais cela, le mystère de sa personne caché à l'intérieur de son esprit silencieux commença à se dévoiler un petit peu.

_ Ce n'est pas très juste, dis-je.

Je haussai les épaules, essayant de paraître décontracté, de dissimuler l'intensité de ma curiosité.
Elle rit, mais sans le moindre amusement.

_ On ne te l'a donc jamais dit ? La vie est injuste.

Je voulus rire à ces mots, bien que je ne ressentis moi non plus aucun réel amusement. Je savais quelques petites choses sur l'injustice de la vie.

_ J'ai en effet l'impression d'avoir déjà entendu ça quelque part.

Elle me fixa et sembla à nouveau troublée. Ses yeux clignèrent sur autre chose puis revinrent sur moi.

_ Inutile de se lamenter, par conséquent, me dit-elle.

Mais je n'étais pas prêt à laisser cette conversation prendre fin. Le petit V entre ses yeux, vestige de son chagrin, me tracassait. Je voulais le lisser du bout de mes doigts. Mais, bien sûr, je ne pouvais pas la toucher. C'était malsain de bien des façons.

_ Tu donnes bien le change, constatai-je lentement, encore en train d'examiner cette nouvelle hypothèse, mais je parie que tu souffres plus que tu ne le laisses voir.

Elle grimaça, ses yeux se plissant et sa bouche se tordant en une moue bancale, et fixa le devant de la classe. Elle n'aimait pas ça lorsque je devinai juste. Elle n'était pas le martyr moyen - elle ne voulait pas d'un auditoire pour sa douleur.

_ Je me trompe ?

Elle tressaillit légèrement mais prétendit ne pas m'entendre. Cela me fit sourire.

_ J'en étais sûr !
_ Et en quoi ça te concerne, hein ? demanda-t-elle en continuant de regarder au loin.
_ Bonne question, admis-je, plus pour moi-même que pour lui répondre.

Sa perception était meilleure que la mienne - elle voyait directement l'essentiel des choses pendant que je me débattais dans les profondeurs, passant aveuglément au crible tous les indices. Les détails de vie totalement humaine ne devraient pas me concerner. Je n'aurais pas dû m'occuper de ce qu'elle pensait. Si ce n'était pas pour protéger ma famille des soupçons, les pensées des humains étaient insignifiantes.
Je n'étais pas habitué à être le moins intuitif dans une discussion. Je m'appuyais trop sur mon ouïe hyper sensible - je n'étais visiblement pas aussi perspicace que je le croyais.
La fille soupira et lança des regards noirs à l'avant de la classe. Quelque chose, dans son expression frustrée, était comique. La situation dans son ensemble, la conversation toute entière étaient comiques. Personne n'avait jamais été en aussi grand danger à cause de moi que cette petite fille - je pouvais à tout moment, distrait de ma ridicule absorption par la conversation, inhaler par le nez et l'attaquer avant d'avoir pu m'arrêter - et elle était irritée parce que je n'avais pas répondu à sa question.

_ Je t'agace ? demandai-je, souriant devant l'absurdité de tout ça.

Elle me regarda rapidement, et ses yeux semblèrent piégés par mon regard.

_ Pas vraiment, me dit-elle. Je m'agace moi-même, plutôt. Je suis tellement transparente. Ma mère m'appelle son livre ouvert.

Elle fronça les sourcils, se renfrogna.
Je la regardai, stupéfait. La raison de son bouleversement était qu'elle pensait que je lisais trop facilement en elle. C'était bizarre. Je n'avais jamais dépensé autant d'énergie pour comprendre quelqu'un dans tout ma vie - ou plutôt, mon existence, vu que vie pouvait difficilement être le bon mot. Je n'avais pas vraiment de vie.

_ Je ne suis pas d'accord, contrai-je, me sentant étrangement... méfiant, comme s'il y avait quelques dangers cachés dans ce que j'échouais à voir.

Je fus soudain énervé, ce pressentiment me rendant anxieux.

_ Je te trouve au contraire difficile à déchiffrer.
_ C'est que tu es bon lecteur, devina-t-elle, faisant sa propre supposition qui atteignit une fois de plus sa cible.
_ En général, oui, accordai-je.

Alors, je souris largement, laissant mes lèvres reculer pour exposer mes dents luisantes, tranchantes comme des rasoirs.
C'était une chose stupide à faire, mais j'étais brusquement, étonnament, désespéré de ne pouvoir l'avertir de quelque façon que ce fût. Son corps était plus près du mien qu'avant, s'étant déplacé inconsciemment durant notre conversation. Tous les petits signes et marques qui étaient suffisants pour effrayer le reste de l'humanité ne semblaient pas fonctionner sur elle. Pourquoi ne reculait-elle pas loin de moi, terrifiée ? Sûrement parce qu'elle en avait vu suffisamment de mon côté sombre pour réaliser le danger, intuitive comme elle paraissait l'être.
Je ne vis pas si mon avertissement avait eu l'effet escompté. M. Banner demanda l'attention de la classe à ce moment-là et elle se détourna de moi une nouvelle fois. Elle semblait un petit peu soulagée par cette interruption, elle comprenait donc peut-être inconsciemment.
J'espérai que ce fut le cas.
Je reconnaissais la fascination grandissant en moi, alors même que je tentai de l'en déloger. Je ne pouvais pas me permettre de trouver Bella Swan intéressante. Ou plutôt, elle ne pouvait pas permettre ça. J'étais déjà très désireux d'une autre chance de parler avec elle. Je voulais en savoir plus sur sa mère, sur sa vie avant qu'elle ne vînt ici, sur sa relation avec son père. Tous les détails futiles qui étofferaient plus encore son personnage. Mais chaque seconde que je passais avec elle était une erreur, un risque qu'elle ne devrait pas prendre.
Elle secoua distraitement son épaisse chevelure juste au moment où je me permis de prendre une autre inspiration. Une vague particulièrement concentrée de son odeur me frappa droit dans la gorge.
C'était comme le premier jour - comme une balle dévastatrice. La douleur de la sècheresse incendiaire me donna le vertige. Je dus à nouveau empoigner la table pour rester sur mon tabouret. Cette fois, j'avais légèrement plus de contrôle. Je ne cassais rien, au moins. Le monstre grandissait en moi mais ne prit aucun plaisir de ma souffrance. Il était lui aussi fermement retenu. Pour le moment.
Je cessai complètement de respirer et m'éloignai de la fille aussi loin que je le pouvais.
Non, je ne pouvais pas me permettre de la trouver fascinante. Le plus intéressant que je lui trouvais, le plus probable, c'était que je voulais la tuer. J'avais déjà fait deux erreurs mineures aujourd'hui. Voulais-je en faire une troisième, qui ne serait pas mineure ?
Dès que la sonnerie retentit, je fuis hors de la salle de cours - détruisant probablement l'impression de politesse que j'avais à moitié réussi à construire pendant l'heure. De nouveau, j'haletai dans l'air pur, humide, de dehors comme si ça m'était curatif. Je me dépêchai de mettre autant de distance que possible entre la fille et moi.
Emmett m'attendait devant la porte de notre salle d'espagnol. Il observa mon expression sauvage pendant un moment.

"Comment ça a été ?" demanda-t-il prudemment.

_ Personne n'est mort, marmonnai-je.

"Je vois bien qu'il y a quelque chose. Quand j'ai vu Alice baisser les bras, à la fin, j'ai pensé..."

Alors que nous marchions, je vis sa mémoire remonter à seulement quelques instants plus tôt, vis à travers la porte ouverte de sa salle précédente : Alice marchant brutalement, son visage pâle fixant le sol, vers le bâtiment des sciences. Je sentis le désir mémorisé d'Emmett de se lever et de la rejoindre, puis sa décision de rester. Si Alice avait eu besoin de son aide, elle l'aurait demandé...
Je fermai les yeux d'horreur et de dégoût en m'affalant sur ma chaise.

_ Je n'avais pas réalisé que c'était aussi proche. Je ne pensais pas que j'allais... Je n'ai pas vu que c'était aussi mauvais, murmurai-je.

"Ca ne l'était pas", me rassura-t-il. "Personne n'est mort, hein ?"

_ Exact, sifflai-je, les dents serrées. Pas cette fois.

"Peut-être que ce sera plus facile."

_ Bien sûr...

"Ou peut-être que tu la tueras", pensa-t-il en haussant les épaules. "Tu ne seras pas le premier à perdre les pédales. Personne ne te jugera trop durement. Parfois, un humain sent juste trop bon. Je suis impressionné que tu aies tenu si longtemps."

_ Ca ne m'aide pas, Emmett.

J'étais révolté par son acceptation de l'idée que je pouvais tuer cette fille, que cette voie était, d'une façon ou d'une autre, inévitable.

"Je sais quand ça m'est arrivé...", se souvînt-il, m'entraînant avec lui un demi siècle plus tôt, sur un chemin de campagne au crépuscule où une femme d'âge mûr prenait ses draps secs sur un fil tendu entre deux pommiers. L'odeur des pommes était péniblement suspendue dans l'air - la récolte était finie et les fruits abandonnés étaient éparpillés sur le sol, les ecchymoses sur leur peau filtraient leur flagrance en épais nuages. Un tas de foin fraîchement tondu était le fond de cette odeur, une harmonie. Il remontait le chemin, presque inconscient de la présence de la femme, pour faire une course pour Rosalie. Le ciel était pourpre au-dessus de sa tête, orange au-dessus des arbres à l'ouest. Il aurait dû poursuivre le chemin à chariots serpentant et n'aurait eu aucune raison de se souvenir de ce soir-là, sauf qu'une soudain brise nocturne gonfla les draps blancs comme une voilure et souffla l'odeur de la femme au visage d'Emmett.

_ Ah, gémis-je doucement.

Comme si le souvenir de ma propre soif n'était pas suffisant.

"Je sais. Je n'ai pas tenu une demie seconde. Je n'ai jamais pensé à résister."

Son souvenir devint trop explicite pour que je pus le supporter.
Je sautai sur mes pieds, mes dents assez serrées pour couper de l'acier.

_ Esta bien, Edward ? (Est-ce que ça va, Edward ?) demanda Senora Goff, surprise par mon brusque mouvement.

Je pus voir mon visage dans son esprit et je savais que je n'avais pas l'air d'aller bien.

_ Me perdona (Excusez-moi), marmonnai-je en filant vers la porte.
_ Emmett, por favor, puedas tu ayuda a tu hermano ? (Emmett, s'il te plaît, peux-tu aider ton frère ?) demanda-t-elle en me désignant sans pouvoir intervenir tandis que je me ruai hors de la salle.
_ Bien sûr, l'entendis-je dire et il fut juste derrière moi.

Je poussai sa main loin de moi avec une force inutile. Cela aurait brisé les os d'une main humaine, et ceux du bras qui y était attaché.

_ Désolé, Edward.
_ Je sais.

J'haletai profondément, essayant de vider ma tête et mes poumons.

_ C'est aussi grave que ça ? demanda Emmett en tentant de ne penser ni à l'odeur ni au goût de son souvenir, sans vraiment y parvenir.
_ Pire, Emmett, pire.

Il resta silencieux un moment.

"Peut-être..."

_ Non, ça n'irait pas mieux si j'en finissais avec ça. Retourne en cours, Emmett. Je veux être seul.

Il fit demi-tour sans aucun autre mot ni aucune autre pensée et s'éloigna à pas rapides. Il dirait au professeur d'espagnol que j'étais malade, ou que je séchais, ou que j'étais un dangereux vampire hors de contrôle. Son excuse était-elle réellement meilleure ? Peut-être que je ne reviendrai pas. Peut-être devrais-je partir.
J'allai une nouvelle fois à ma voiture pour attendre la fin des cours. Pour me cacher. Encore.
J'aurais dû utiliser ce temps pour me décider, ou essayer de soutenir ma résolution, au lieu de ça, comme un drogué, je me retrouvais à fouiller dans le babillement de pensées émanant des bâtiments du lycée. Les voix familières sortaient de l'ordinaire mais, à cet instant, je n'étais pas intéressé par l'écoute des visions d'Alice ou les plaintes de Rosalie. Je trouvai facilement Jessica, mais la fille n'était pas avec elle, je continuai donc à chercher. Les pensées de Mike Newton attirèrent mon attention et je la localisai enfin, en gym, avec lui. Il n'était pas content, parce que j'avais parlé avec elle aujourd'hui, en biologie. Il était dépassé par la réponse qu'elle lui avait donnée lorsqu'il avait mis le sujet sur la table...

"En fait, je ne l'ai jamais vu dire à personne plus d'un mot par-ci par-là. Bien sûr, il aura décidé de trouver Bella intéressante. Je n'aime pas la façon dont il la regarde. Mais elle ne semblait pas trop excitée à son sujet. Qu'est-ce qu'elle a dit déjà ? "Je ne sais pas ce qui lui a pris la semaine dernière." Quelque chose comme ça. Ca ne sonnait pas comme si elle y prêtait attention. Ca ne pouvait pas être plus qu'une simple conversation..."

Il prolongea son monologue pessimiste dans ce sens, soutenu par l'idée que Bella n'avait pas été intéressée par son échange avec moi. Cela me dérangeait vraiment un peu plus que ce qui aurait été acceptable, j'arrêtai donc de l'écouter.
Je mis un CD de musique violente dans le lecteur puis montai le volume jusqu'à ce qu'il couvrit les autres voix. Je dus me concentrer très attentivement sur la musique pour m'empêcher de dériver à nouveau jusqu'aux pensées de Mike Newton, d'espionner cette fille naive...
Je trichais quelques fois, alors que l'heure touchait à sa fin. J'essayais de me convaincre que ce n'était pas pour l'espionner. Je me préparais seulement. Je voulais savoir avec exactitude quand elle quitterait son cours de gym, quand elle serait dans le parking. Je ne voulais pas qu'elle me prit par surprise.
Alors que les élèves commençaient à sortir en file indienne par les portes du gymnase, je sortis de ma voiture, pas sûr de ce qui me faisait faire ça. La pluie était fine - je l'ignorai tandis qu'elle trempait lentement mes cheveux.
Voulais-je qu'elle me visse ici ? Espérai-je qu'elle viendrait me parler ? Qu'étais-je en train de faire ?
Je ne bougeai pas, alors que j'essayais de me convaincre de retourner dans la voiture, sachant que mon comportement était répréhensible. Je gardais mes bras croisés sur ma poitrine et respirais très superficiellement en la regardant marcher lentement vers moi, les coins de ses lèvres baissés. Elle ne me regardait pas. Elle lança plusieurs fois des coups d'oeil aux nuages, comme s'ils l'offensaient.
Je fus déçu quand elle atteignit sa voiture avant d'avoir dû passer devant moi. Devrait-elle me parler ? Devrais-je lui parler ?
Elle entra dans une camionnette, une Chevrolet, délavée, une carcasse rouillée qui était aussi vieille que son père. Je la regardai la démarrer - l'engin rugit plus bruyamment qu'aucun autre véhicule du parking - puis tendre les mains vers le chauffage. Le froid lui était inconfortable - elle ne l'aimait pas. Elle passa ses doigts dans son épaisse chevelure, les faisant passer devant le jet d'air chaud, comme pour les sécher. J'imaginai ce que la cabine de cette camionnette pouvait sentir puis chassai rapidement cette pensée.
Elle regarda autour d'elle en se préparant à reculer, puis regarda enfin dans ma direction. Elle me fixa pendant seulement une demie seconde et je pus lire la surprise dans ses yeux avant qu'elle ne les détachât des miens et poussât la camionnette en arrière. Et puis elle poussa un cri aigu en s'arrêtant de nouveau, l'arrière du véhicule manquant de quelques pouces une collision avec celui d'Erin Teague.
Elle regarda dans son rétroviseur, la bouche encore ouverte d'humiliation. Quand l'autre voiture s'éloigna d'elle, elle vérifia deux fois tous les angles morts et quitta sa place de parking avec tant de précautions que cela me fit sourire. C'était comme si elle pensait qu'elle était dangereuse avec sa camionnette décrépie.
La pensée que Bella Swan put être dangereuse pour quelqu'un, peu importe si elle conduisait, me fit rire tandis qu'elle passait devant moi, regardant droit devant elle.


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# Posté le lundi 06 avril 2009 07:13

Modifié le lundi 06 avril 2009 07:52

Le prince charmant :)

C'est dur d'y croire ...



Le prince charmant :)
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# Posté le vendredi 03 avril 2009 05:54

La danse classique



La danse classique est un mode d'expression,

Elle assouplit notre esprit.

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# Posté le vendredi 03 avril 2009 06:21